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Il a huit ans, lorsqu’en jouant avec le jeune Brignon les deux jeunes gens essayent de fabriquer un mélange explosif en mêlant salpêtre, charbon de bois et soufre qu’une malencontreuse étincelle fait exploser. Placide à l’avant bras déchiré et doit être amputé. Avec un fils infirme à vie, Cappeau père doit renoncer à ses projets et envoie son fils à l’école.
D’abord la communale, puis, grâce à l’aide financière de Monsieur Brignon qui prend en charge la moitié des frais de scolarité, au Collège Royal d’Avignon où il fait ses humanités. En dépit de son handicap, il s’y montre assez habile et décroche même, en 1825, un premier prix de dessin.
Après des études secondaires, à Nîmes, couronnées par l’obtention d’un baccalauréat es lettre, il monte à Paris pour des études de droit. Son père assume une moitié seulement des dépenses. Pour le reste, Placide emprunte à ses sœurs aînées, et recourt à de petits travaux rémunérés. Il obtient sa licence en droit en 1831. A Roquemaure, il manifeste son intérêt pour la vie publique et devient conseiller municipal. En 1839, il se manifeste par une réponse aux adversaires des projets de ponts suspendus sur le Rhône entre Avignon et Villeneuve. Le 30 juin 1846, avec Monsieur Auguste Bessy de Paris et Jean Guillaume Clerc, maire de la ville ils renouvellent pour dix ans le bail de leur Société de Commerce fondée en 1836 et domiciliée à Roquemaure sous la raison : Auguste Bessy, Clerc fils et Cappeau. Cette société a pour but l’achat par commission de vins et spiritueux du Midi, l’achat et vente des tonneaux et de tout de qui sert à leur confection.
Chaque société dispose de commissionnaires chargés de démarcher la clientèle et de veiller au suivi des commandes. C’est la fonction qu’assume Placide Cappeau pour le compte de la société Bessy, Clerc et Cappeau.
Les vins sont expédiés vers la capitale dès le mois de décembre. Placide précède les premiers envois et, muni d’échantillons, d’un état détaillé des stocks et des tarifs, emprunte à Orange la diligence pour Paris. Dans la capitale, Placide loge, par habitude, à l’Auberge des deux ponts, dans l’île Saint Louis, au numéro 2, Quai d’Orléans. Cette auberge est tenue par une vieille dame qui lui fait toujours promettre, à la fin de son séjour, d’y revenir à son prochain voyage. Il y dispose d’une chambre peu confortable: « chauffée par un poêle qui ne cesse de fumer et dans laquelle on ne pouvait ni lire ni écrire » précise t’il dans l’une de ses lettres; mais par fidélité à sa parole il n’ose en changer.
Au début de l’année En 1843, l’abbé Maurice Gilles, curé de Roquemaure décide de faire restaurer l’orgue estimant « que c’était un devoir de conscience de ne pas laisser plus longtemps dépérir un objet si précieux et de grande valeur… » Il connaît bien Placide Cappeau et lui demander de composer un chant de noël afin de célébrer dignement la restauration de l’orgue.
Depuis septembre 1842, Monsieur Laurey, chargé de terminer la construction du pont sur le Rhône, séjourne à Roquemaure avec son épouse. Celle-ci est une amie intime de Madame Adolphe Adam. Elle sollicite la collaboration du célèbre musicien pour la mise en musique du poème de Placide Cappeau et promet d’ interpréter ce « Noël » dans la collégiale le 25 décembre 1843.
Mais en juillet 1843, Mme Laurey accouche d’une petite fille prénommée Adeline et ses médecins lui déconseillent le voyage comme ils lui déconseilleront pour les années suivantes. Le 18 octobre 1846, à 9h du matin, l’abbé Gilles décède, l’abbé Eugène Nicolas Petitjean lui succède à la tête de la cure de Roquemaure le 10 janvier 1847.
A Paris, en dépit du décès de sa logeuse, Placide Cappeau continue de loger à l’Auberge des deux ponts bien qu’il y soit plutôt mal à l’aise même s’il dispose désormais d’une chambre avec cheminée.
Mais ses commettants appréciant de moins en moins la clientèle plus ou moins douteuse de l’établissement, le menacent de cesser tout commerce avec lui, s’il ne se met en demeure de les recevoir dans une autre maison particulière plutôt que dans ce bouge où ils craignent, pour leur réputation, d’être surpris. Placide Cappeau va sur ses quarante ans et songe au mariage.
Après qu’on lui ait proposé plusieurs partis, il fonde désormais, ses espoirs sur les démarches de Mme Galichon, l’épouse d’un client parisien. Elle connaît « une jeune fille bien de sa personne et fortunée (30 000 f de dot et des espérances du double Cette jeune fille, accepte volontiers de vivre une moitié de l’année à Paris et l’autre à Roquemaure, mais Placide hésite encore et préfère ajourner le projet jusqu'à l’automne 1846.
Cela lui laisse sans doute le temps de terminer la maison qu’il fait construire, rue de la salpêtrière, aujourd’hui rue Placide Cappeau. En son absence, Guillaume Clerc surveille la progression du chantier et suit scrupuleusement les directives que Placide lui adresse. Il veut que tout soit parfait jusque dans les moindres détails. La cérémonie nuptiale est célébrée le 5 avril 1847 en l’église St Etienne des Monts, une église dans laquelle Adolphe Adam exerce parfois ses talents d’organiste en remplacement de Baron père et de Séjan fils. Placide veut un beau mariage et ne lésine pas sur la dépense. Son associé l’estime à 10 000 f, une dépense faramineuse qu’il ne manque pas de lui reprocher lors de la dissolution de leur société. Edmond Clerc déplore, en outre qu’au cours de ce séjour parisien, Placide consacre plus de temps et d’argent à conclure un riche mariage qu’à leurs affaires commerciales.
Madame et monsieur Pierre Laurey revient à Roquemaure le 15 mai 1847, les travaux d’achèvement du pont trainent ce qui irrite la population. Ils y séjournent jusqu’en janvier 1848 ce qui permit à Madame Laurey d’interpréter enfin le célèbre « Minuit chrétiens … » pour la première fois dans une église à Roquemaure. Nous savons par une lettre de Placide Cappeau à Guillaume Clerc qu’elle l’avait chanté dans les salons de la Comtesse Belgiojoso quelques années plus tôt.
Lorsqu’il revient de son dernier voyage à Paris pour le compte de la société en 1848 la brouille avec ses associés est inéluctable. Ils lui reprochent entre autres, des frais de séjours parisiens excessifs et souvent injustifiés. D’un commun accord, ils décident de dissoudre la société à compter du premier février 1850. Son père décède le 25 septembre de la même année sans que les deux hommes se soient réconciliés.
Matthieu Cappeau n’ayant jamais accepté le mariage parisien de son fils Placide.
Trois ans plus tard, l’état de santé de son épouse se détériore à nouveau. Si aucun document ne signale la maladie de Mme Cappeau, les symptômes laissent penser qu’elle est atteinte de phtisie. Elle ne peut être soignée à domicile, il faut l’hospitaliser à Nîmes. Pour Placide c’est une nouvelle épreuve, dans les hôpitaux les phtisiques sont abandonnés, mis à l’écart au même titre que les lépreux ; ils meurent misérablement dans des grandes salles communes. On comprend qu’il ne puisse s’y résoudre. Placide réserve alors, pour sa belle mère et son épouse l’appartement 14 de l’hôtel du Luxembourg. Cet hôtel se situe près de l'église Sainte -Perpétue, au coin de l’actuel boulevard de Prague et de la rue Notre – Dame. C’est dans cet hôtel que le 27 août 1853 à une heure du matin Marie Henriette Lousteau décède.
Placide a toujours espéré guérir son épouse de ce mal implacable. Au chagrin causé par la perte de l’être aimé s’ajoute l’obligation d’en taire les causes afin de protéger son fils des conséquences sociales de la maladie de sa mère. Il confie Armand à ses grands parents maternels. Il n’a que 7 ans, le 1 janvier 1856, lorsqu’il est inscrit au collège Stanislas de Paris.
Placide Cappeau gère son commerce, mais son goût pour l’écriture et la langue provençale le poussent vers le « Félibrige », ce mouvement littéraire fondé le 21 mai 1854 par Frédéric Mistral et sept autres écrivains provençaux.
Dans sa grande maison, Placide vit seul, recevant seulement son fils et les amis de ce dernier pendant les vacances d’été, et quelques amis poètes provençaux.
A 54 ans, après sept années de veuvage, il épouse à Sérignan du Comtat Marie Leonie Guez Derebique âgée de 21ans. Le 7 octobre 1862 elle lui donne une fille prénommée Ady Marie Louise Eugénie.
Placide retrouve une vie de famille normale. Loin de la capitale, il fait tout pour s’intégrer au « Félibre ». Il correspond avec Frédéric Mistral et Roumanille au sujet de la traduction de l’œuvre en provençal de l’Abbé Fabre : « Le siège de Caderousse ».
Cette correspondance porte le plus souvent sur des problèmes de vocabulaire. On note toutefois l’insistance avec laquelle Placide invite Mistral qu’il nomme « Maître » à Roquemaure. Ce dernier finit par accepter une première fois le 27 octobre 1861, mais décline les invitations suivantes (Fête votive, anniversaire de sa fille, etc…) sous divers prétextes en dépit de l’insistance de Placide qui lui offre de l’envoyer chercher à sa convenance soit à Avignon, soit à Orange.
Cappeau reprend goût à la vie, mais voilà un nouveau coup du sort qui s’abat sur lui, son fils Armand décède des suites d’une blessure de guerre.
Mais les critiques à propos du « Minuit chrétiens… » loin de désarmer redoublent, alors, dans son ouvrage « Le château de Roquemaure », Placide édulcore la véritable histoire de la création du « Minuit chrétiens… ». Ce texte n’est qu’un écrit rédigé pour rendre service à son curé. Quant à la musique, C’est Mme Laurey qui lui a conseillé de s’adresser à son ami Adam. Il ne veut plus rien, savoir de ce que fut sa vie parisienne. En 1876, les premiers statuts du mouvement félibréen sont élargis et refondus. Ils divisent l'ensemble d'oc en grandes régions dialectales: les Maintenances. C’est ainsi que le 25 mars 1877 la maintenance du Languedoc, peut lui décerner, le titre de « Felibre-Mantenaire », un titre qui l’honore enfin, mais dont il ne profite guère puisqu’il décède quelques mois plus tard, le 8 août 1877.
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