La fonderie de Roquemaure PDF Imprimer Envoyer
Patrimoine - Faits historiques
Jeudi, 25 Juin 2009 16:18
La fonderie de Roquemaure :
 
Ancien officier au régiment royal Navarre Cavalerie, le marquis de Luchet s’était associé à un protégé de Madame la Duchesse de Villeroy : le baron d’Expullev. Vers 1760, ce dernier avait imaginé un procédé d’extraction de l’or des sables du Rhône au moyen du mercure.
Ayant obtenu du roi, en 1769, la concession des sables de quelques rivières aurifères du royaume, nos deux hommes se livrèrent à un premier essai près de Valence.  Cette première expérience ayant échoué, ils recommencèrent à Avignon sans plus de succès C’est alors que le marquis de Luchet ayant intéressé à ses affaires la duchesse de Villeroy ainsi qu’une douzaine d’actionnaires Roquemaurois jeta son dévolu sur notre ville.



Le 21 août 1769, il loua pour 18 années le château, ainsi qu’un terrain attenant appelé « la place d’armes » à Louis Antoine de Noailles,duc de Mouchy , prince de Poix et à son épouse Anne Louise de Beauveau, afin d’y établir une fonderie. Le loyer annuel était fixé à 48 livres.

 

Le choix du marquis était déterminé par la proximité du port de Roquemaure permettant de recevoir le charbon de bois nécessaire et d’expédier facilement les produits de la fonderie. Curieusement, le marquis de Luchet revendit ses droits de jouissance du château et du terrain à deux particuliers : Messieurs Lejolle et Delon qui lui avaient fourni les fonds nécessaires à la construction de la fonderie jusqu’à concurrence de 40 000 livres chacun. Monsieur Delon hypothéqua même la dot de son épouse pour cette transaction.


Le marquis fit ensuite adresser par son avocat une supplique au Roi afin d’obtenir la concession d’une mine de plomb et d’argent à Villefort :
« Sa majesté a déjà bien voulu accorder au suppliant (M de Luchet) quelques témoignages de sa confiance dans la concession qu’elle lui a faite du lavage des sables de quelques rivières aurifères dans certains temps de l’année, et le suppliant pour retrouver des ouvriers aux moments du travail est obligé de les payer pendant le chômage Dans la spéculation d’entretenir l’activité et l’industrie de ses ouvriers et de tirer quelque avantage des salaires qu’il leur paye, le suppliant a observé que la mine de plomb de Villefort pourrait remplir son objet… »
Le 10 mai 1770, monsieur de Luchet obtient satisfaction et s’associe pour l’exploitation de cette mine à monsieur de Bourgogne lequel s’était engagé à fournir la somme de 94802 livres.
Le marquis de Luchet sut convaincre son associé de l’intérêt de construire une fonderie pour le minerai de plomb et d’argent sur la portion du terrain de « la place d’armes » encore vacante, sans lui préciser qu’il en avait vendu les droits de jouissance.
 
En 1771, la fonderie de Roquemaure se composait de plusieurs ateliers renfermant :
-          2 fourneaux à manche à chacun desquels étaient adaptés deux soufflets actionnés par des chevaux.  
-          2 grands fourneaux de réverbères à l’anglaise et un troisième en construction,
-          1 fourneau à coupelle ou d’affinage et un autre en construction,
-          1 meule à battoir mue par un cheval.
 
Le marquis de Luchet avait également fait construire un logement pour le portier, des logements pour les employés de la régie, le bureau, les magasins pour le charbon de bois et les matières premières ainsi que les écuries.
Cette fonderie fournissait du travail à trois cents ouvriers. Cent travaillaient à Roquemaure et deux cent dans les mines de Villefort ou au transport des minerais. Le marquis résidait sur place et administrait l’entreprise en utilisant sans retenue l’argent de monsieur de Bourgogne qui habitait Lyon ou était domicilié le siège de la société.
En novembre 1770, les caisses étant vides, monsieur de Luchet engagea monsieur de Bourgogne à accepter successivement plusieurs lettres de change pour une valeur totale de 43200 livres, l’assurant d’être remboursé sur la vente des lingots provenant de la première coulée annoncée comme imminente.
Mais en avril 1771, après avoir obtenu plusieurs avances du caissier de la société pour de prétendus achats et s’être fait remettre les plaques d’argent provenant des premiers   affinages sans en avoir fait constater la valeur, le marquis de Luchet quittait Roquemaure abandonnant la fonderie et de nombreuses créances à un nouvel associé : monsieur Loliot.
Par la suite, afin d’échapper aux poursuites judiciaires, le marquis de Luchet s’engagea à rembourser Monsieur de Bourgogne, mais la fonderie de Roquemaure fut définitivement abandonnée. Pillée à la Révolution, ce qui en restait fut vendu aux enchères en 1791.
Mise à jour le Lundi, 29 Juin 2009 06:49
 

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